Médecins généralistes, spécialistes, infirmiers : où manque-t-on le plus de soignants en Bourgogne ?
Cette fin avril est marquée par la grève des médecins, internes et étudiants en médecine, opposés à la proposition de loi Garot. Ce texte, soutenu par plus de 250 députés, vise à restreindre l’installation de praticiens libéraux dans les zones déjà bien dotées en professionnels de santé. Une mesure qui devrait avoir de l’impact en Bourgogne, où de nombreux territoires sont considérés comme des déserts médicaux.
Dans certains villages de la Nièvre, par exemple, deux généralistes retraités bénévoles ont décidé d’ouvrir un centre de santé dans une commune dépourvue de médecins déclarés. Ailleurs, des maires ont pris des arrêtés symboliques interdisant à leurs administrés de tomber malades, afin de dénoncer la précarité de l’accès aux soins.
Mais comment cela se traduit-il à l’échelle de toute la région ? Pour cela, nous nous sommes appuyés sur la base SIRENE de l’Insee, qui permet de visualiser, pour chaque département, la proportion de médecins généralistes ou de dentistes pour 10 000 habitants. Nous avons également croisé ces données avec celles de CartoSanté, un outil de cartographie mis en place pour analyser l’offre et la demande de soins à l’échelle locale. 90 % des données qu’il présente sont issues du Système national des données de santé, géré par l’Assurance Maladie. À noter que les derniers chiffres disponibles datent de 2024. Voici donc un état des lieux des déserts médicaux dans les quatre départements bourguignons.
En Côte-d’Or, le Châtillonnais particulièrement touché
Le nord du département est particulièrement touché par ce phénomène. La communauté de communes du Pays Châtillonnais, qui comptait 19 500 habitants en 2021, ne recense que 10 médecins généralistes, soit à peine 5 praticiens pour 10 000 habitants. Dans certaines communes, comme Villiers-le-Duc, le médecin le plus proche se situe à 17 kilomètres.
Et la situation n’est guère meilleure pour les autres professionnels de santé. Les habitants de Villiers-le-Duc doivent parcourir environ 20 minutes en voiture pour consulter un infirmier, un orthophoniste ou un chirurgien-dentiste. Le village se trouve ainsi en pleine zone blanche médicale, avec des besoins de soins particulièrement importants.
Plus à l’ouest, le département n’est guère mieux loti. Les communautés de communes des Terres d’Auxois et du Montbardois comptent respectivement 12 et 10 médecins pour un peu plus de 12 000 habitants chacune, soit 9,8 et 9,2 généralistes pour 10 000 habitants – un taux supérieur à la moyenne nationale, qui s’élève à 8,2.
Ces territoires peinent à attirer des spécialistes. Les deux intercommunalités se situent en dessous de la moyenne nationale en ce qui concerne le nombre de chirurgiens-dentistes, de masseurs-kinésithérapeuthes et d’orthophonistes pour 10 000 habitants. Ces zones sont elles aussi classées comme ayant un faible accès aux soins et une forte demande.
En Saône-et-Loire, le centre du département en zone tendue
Le centre de la Saône-et-Loire est la zone du département où les inégalités d’accès aux soins sont les plus marquées. C’est particulièrement vrai dans la communauté de communes Sud Côte Chalonnaise. Cette intercommunalité, organisée autour du village de Buxy, regroupe 36 communes pour un total de 11 500 habitants.
Seulement sept médecins généralistes y sont installés : six à Buxy, et un à Saint-Gengoux-le-National. Résultat, certains habitants doivent parcourir jusqu’à 20 minutes en voiture pour consulter un médecin. La situation est similaire pour d’autres professions de santé. Le taux de dentistes ou de sages-femmes pour 10 000 habitants y est largement inférieur à la moyenne nationale.
En fonction de l’endroit où on habite, l’accès au soin peut être très différent
Dans l’Yonne, seules les deux grandes villes limitent les dégâts
Il serait presque plus simple de lister les territoires de l’Yonne qui ne sont pas des déserts médicaux. Seules les agglomérations d’Auxerre, et dans une moindre mesure celle de Sens, semblent suffisamment dotées en professionnels de santé. Du côté des médecins généralistes, la situation reste tendue : seul le Tonnerrois atteint la moyenne nationale, avec un taux supérieur à 8,2 médecins pour 10 000 habitants.
C’est surtout en matière de spécialistes que l’Auxerrois tire son épingle du jeu. Il s’agit de la seule zone du département à atteindre la moyenne nationale en nombre de chirurgiens-dentistes et de sages-femmes rapporté à la population. Plus largement, Auxerre et ses communes voisines apparaissent comme les mieux loties de tout le département.
Auxerre est la grosse ville de l’Yonne avec la plus faible densité de médecins pour 10 000 habitants
Dans la Nièvre, un large manque de spécialistes et de généralistes
Même constat dans la Nièvre : l’agglomération de Nevers fait figure d’exception dans un département largement touché par la désertification médicale. La ville affiche un taux de dentistes pour 10 000 habitants largement supérieur à la moyenne nationale. En revanche, le nombre de médecins généralistes qui choisissent de s’y installer reste insuffisant au regard des besoins.
Le reste du territoire est bien moins pourvu. Le nord et le centre de la Nièvre sont particulièrement touchés : de Cosne-Cours-sur-Loire jusqu’à Corbigny, les taux de nombreux spécialistes pour 10 000 habitants restent très en dessous des moyennes nationales. Ces communes cumulent un faible accès aux soins et une forte demande.
Pour tenter de contrer ce manque de praticiens, la ville de Nevers a lancé début 2023 les « flying doctors », une liaison aérienne qui relie Dijon à Nevers en 30 minutes, et permet à des médecins dijonnais de venir exercer à la journée à l’hôpital de Nevers. Le dispositif a été renouvelé pour 2025.
Source : france3-regions.francetvinfo.fr
Article publié le 7 mai 2025.
